
« Si nous étions contents de vous, Seigneur,
Nous ne pourrions pas résister
A ce besoin de danser qui déferle sur le monde,
Et nous arriverions à deviner
Quelle danse il vous plaît de nous faire danser
En épousant les pas de votre Providence.
[…] Seigneur, venez nous inviter. »
Extraits du Poème « Le Bal de l’obéissance » de Madeleine DELBRÊL.
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Extraits de la Recherche
Thérèse d’Avila, écrivait des vers et composait des airs, qu’elle dansait et chantait avec ses soeurs dans les carmels, au rythme des castagnettes. Des carmélites françaises ayant vu Anne de Jésus danser avec ses soeurs s’en trouvèrent « édifiées » dans leur prière, selon le témoignage écrit d’une prieure de l’époque. Jean de la Croix dansa avec l’enfant Jésus dans les bras. Saint François d’Assise débordait de joie de tout son corps. Saint Dominique priait avec tout son corps. Les soeurs Clarisses de Cormontreuil gestuent et dansent pendant la liturgie depuis plus de 50 ans (et créent aussi des gestuelles), composant des musiques, en jouant de différents instruments et chantant ensemble. Mireille Nègre a souffert de l’incohérence de devoir rester assise en lisant le psaume « Louez-Le avec des danses ! », au point de quitter le Carmel. De nombreux religieux et religieuses, des consacrés, des laïcs, traditionalistes ou charismatiques, ont prié ou prient en dansant dans le monde entier.
Comment ne pas y décéler le sceau de la motion de l’Esprit Saint qui saisit les orants « par une sainte chorégraphie », selon la formule de Michel de Certeau ? Croyons-nous en la Parole que nous professons et qui affirme que le corps est le temple de l’Esprit ? Serait-il évangélique de faire taire cet appel irrésistible reçu par les orants, à prier pleinement en incarnant la Parole avec tout leur être, ainsi qu’en louant et en adorant Dieu pendant l’eucharistie, sommet de leur vie chrétienne, en l’église ou la chapelle dans laquelle ils prient et communient tous les jours ? Qui peut discerner en extériorité, à la place de celui qui est concerné, si Dieu est bien à la source d’une inspiration et d’un geste ? Le temps est peut-être venu d’étudier sérieusement ces pratiques et d’accompagner les personnes y étant associées. La prière dansée et la danse liturgique nous invitent à nous interroger et à ouvrir la disputatio, pluridisciplinaire, sur les saines modalités de leur mise en oeuvre.
Danser Dieu, c’est prier Dieu. C’est Dieu qui prie en nous, dans l’immobilité comme dans le mouvement.
Quelques versets bibliques au sujet de la danse
« La prophétesse Miryam, sœur d’Aaron, saisit un tambourin, et toutes les femmes la suivirent, dansant et jouant du tambourin. » Exode 15, 20.
« [Le Roi David] sautait et dansait/tournoyait devant l’Éternel. » 2 Samuel 6:16.
« Tu as changé mon deuil en une danse. » Psaume 30/29*, 12.
« Fais que j’entende les chants et la fête : ils danseront, les os que tu broyais. » Psaume 51/50*, 10.
« Là-bas [dans la ville de Dieu,] Tous ensemble ils dansent, et ils chantent : « En toi, toutes nos sources ! » » Psaume 87/86*, 7.
Note : les traductions AELF et TOB mentionnent ces deux verbes contrairement à celle de la Bible de Jérusalem.
« Qu’ils louent son nom avec des danses / Dansez à la louange de son nom », Psaume 150/149*, 3.
« Louez-le avec le tambourin et avec des danses ! / Louez-le par la danse et le tambour ! » Psaume 151/150*, 4.
« Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine. » Matthieu 11, 17.
*Numérotation hébraïque/traductions grecque La Septante puis latine la Vulgate.
La pratique spirituelle de la danse chez Thérèse d’Avila (Carmel).
• Article « Danser le désir de Dieu », publié aux Editions du Carmel (2017), extrait d’une communication présentée par Sophie LESPINASSE au colloque international du Ve centenaire de la naissance de Thérèse d’Avila, Studium Notre Dame de Vie de Venasque (16 octobre 2015). Sources citées :
« Je vous envoie les couplets que vous me demandez [… pour la messe de minuit à Noël] et pour danser ensuite au choeur. Comme nous avions tellement dansé du côté des cellules, je l’ai fait au choeur pour les réjouir. » Ana DE SAN BARTOLOMÉ dans une lettre.
« La mère fondatrice [couplet à son sujet] / arrive à la récréation / Dansons et chantons / et sonnons, sonnons. » Thérèse D’AVILA dans une lettre.
« Tels devaient être aussi les admirables transports de David, le prophète royal, quand il prenait la harpe et entonnait ses cantiques à la gloire de Dieu. J’ai pour ce glorieux roi une dévotion très spéciale. » Thérèse D’AVILA, dans son autobiographie.
« L’âme éprouve une telle joie qu’elle voudrait n’être pas seule à la posséder, mais en parler à tout le monde afin qu’on l’aide à louer Notre-Seigneur ; car tel est le but de toutes ses aspirations. Oh ! que de fêtes, que de démonstrations elle ferait, si elle le pouvait, pour que tout le monde comprît sa joie ! Il semble qu’elle s’est retrouvée elle-même, et que, comme le père de l’enfant prodigue, elle voudrait convier tout le monde à célébrer avec elle des fêtes solennelles en considérant quel est son état, car elle ne saurait douter qu’elle est en sûreté […]. En effet, une telle joie intérieure, qui part du plus profond de l’âme, qui est accompagnée de tant de paix et qui n’aspire qu’à glorifier Dieu, ne saurait venir du démon. C’est beaucoup qu’au milieu de ces transports de jubilation excessive elle puisse garder le silence ; mais ce n’est pas une petite peine pour elle. Voilà ce qu’ont dû éprouver d’autres saints qui s’en allaient dans les déserts afin de pouvoir, comme saint François, chanter bien haut les louanges de Dieu. […] Oh ! quelle bonne folie que celle-là, mes Soeurs ! Plaise à Dieu de nous la donner à toutes ! Quelle grâce il vous a faite en vous plaçant dans un asile où, s’il vous accorde cette folie dont je parle et que vous la manifestiez, vous ne trouverez que des encouragements, et non des blâmes ; il en eut été tout autrement dans le monde, où de tels accents sont si rares que je ne m’étonne pas qu’on les critique. O malheureux temps que le nôtre ! O misérable vie que la vie présente ! Heureuses les âmes qui ont le sort si fortuné de vivre séparées du monde ! C’est parfois, mes Soeurs, une joie particulière pour moi de voir, quand nous sommes réunies, quelle jubilation intérieure vous possédez, et quelles louanges vous vous stimulez à rendre à Notre-Seigneur pour le bonheur que vous avez d’habiter ce monastère. On voit clairement que vos louanges jaillissent du plus intime de votre âme. Je voudrais, mes Soeurs, que vous vous stimuliez souvent de la sorte ; ou que l’une d’entre vous commence et qu’aussitôt elle porte les autres à l’imiter. Et à quoi pouvez-vous mieux employer votre langue, lorsque vous êtes réunies, qu’à célébrer les louanges de Dieu, puisque nous avons tant de motifs de la chanter ? » Thérèse D’AVILA dans Le château de l’âme ou le Livre des demeures.
« Car s’il y a beaucoup de saintes gens qui n’aiment pas danser, il y a beaucoup de saints qui ont eu besoin de danser, tant ils étaient heureux de vivre : Sainte Thérèse [d’Avila] avec ses castagnettes, Saint Jean de la Croix [son ami] avec un Enfant Jésus dans les bras, et saint François [que Teresa cite à ce sujet], devant le pape. » Madeleine DELBRÊL, Extrait du poème « Le Bal de l’obéissance » dans Nous autres, gens des rues.
« Et ses poèmes ? Je les ai retrouvés tout entiers dans sa flûte de basque et son tambourin, abandonnés au couvent San José d’Avila comme si elle allait revenir, demain peut-être, et que les filles vous montrent avec émotion, le sourire tremblant. Dans les mains de la Madre, ces instruments de berger et de feu de bois, de veillées sous la lune animaient ses coplas, scandaient leurs assonances et leurs enjambements. Ses poèmes, Thérèse en faisait des danses ! Des danses et des chansons. » Christiane RANCÉ, La Passion de Thérèse d’Avila.
Le fidèle se laisse « emporter par un rythme d’exultation, tel ces carmélites espagnoles qui dansaient devant le Saint Sacrement, chantant et frappant des mains, au grand étonnement de leurs compagnes françaises. » Michel DE CERTEAU, La faiblesse de croire.
• Séminaire « Vie spirituelle dansée de Thérèse d’Avila & témoins actuels », pour le Conseil International de la Danse, partenaire officiel de l’UNESCO, avec mission d’inventaire (22 novembre 2025). Sophie LESPINASSE-MILAN. Sources citées :
« Pour elle, la mort est bien résurrection, donc allégresse. […] elle interdit les chants funèbres et composa des coplas joyeuses que les Soeurs chantèrent en dansant autour du cercueil. » Marcelle AUCLAIR, La Vie de sainte Thérèse d’Avila. La dame errante de Dieu. (quatrième Partie « La grande tempête / 4. L’exil »).
Le site Internet du Carmel de Puzol, en Espagne, mentionne un manuscrit du XVIIIème siècle [copie à venir] conservé au Carmel de Tolède, qui contenait quelques poèmes de Teresa ; il est dit de celui qu’elle composa pour la Circoncision : « Un soir, avant cette fête, tandis que les religieuses se divertissaient, la Sainte Mère sortit de sa cellule, saisie d’une ferveur et d’un élan spirituel extraordinaires. Elle se mit à danser et à chanter, et elle demanda à toutes les sœurs de l’aider, ce qu’elles firent avec une joie remarquable. La danse que la Sainte Mère et ses filles pratiquaient alors n’était ni formelle, ni accompagnée d’une guitare ; elles frappaient des mains, comme le dit le roi David : « Que tous les peuples frappent dans leurs mains ! » et elles continuaient ainsi, avec une harmonie et une grâce spirituelle incomparables. »
Le Carmel de Puzol ajoute : « Que ce fragment témoigne du caractère joyeux et festif non seulement de la Mère, mais aussi du style qu’elle transmit à ses communautés, un style qui perdure encore aujourd’hui. »
« Mère Isabelle avait grand soin d’enseigner à ses Sœurs tout ce qu’elle avait appris en Espagne, particulièrement le chant et le récit en usage au chœur. […] Mes filles, on nous a appris tout cela dans notre noviciat. Ces pratiques paraissent de peu d’importance en elles-mêmes ; cependant, si l’on s’y assujetti avec un esprit intérieur, elles avancent beaucoup une âme dans la perfection. » Témoignage lors de la fondation du carmel de Limoges (1618).
« [Une sœur française] qui avait un don tout particulier pour charmer les récréations, chanta un jour de sa voix angélique des couplets dont voici le refrain : « O Anges glorieux / Venez quérir mon âme, emportez-la aux cieux ». Ces paroles firent une telle impression sur la Mère Anne de Jésus que, ne pouvant cacher le feu divin qui l’embrasait, elle mena toutes ses filles devant le Saint-Sacrement, où, transportée comme David devant l’arche du Seigneur, on vit cette vénérable Mère, plus semblable à un Séraphin qu’à une créature mortelle, former certains tours dans le chœur, chantant et frappant des mains selon les manières espagnoles, mais avec tant de majesté, de douceur et de gravité que, saisi d’un saint respect en la voyant, on se sentait intérieurement touché et élevé à Dieu. Nos Françaises, peu accoutumées à ces pieuses démonstrations, n’en furent pas moins édifiées que les autres. » Témoignage de la prieure du carmel de Dijon lors de sa fondation (1605).
« J’essaie de leur faire regarder et imiter Jésus, car ici on se souvient peu de lui ; tout consiste en une simple vue de Dieu, je ne sais comment ils peuvent faire cela tout le temps […] Tous s’y adonnent par suspension plus que par imitation. C’est une étrange manière, je ne la comprends pas. » Anne de Jésus, qui estime que les soeurs françaises ont une « spiritualité [trop] abstraite » (terme de sœur Christiane Meres, sa biographe).
Une démarche est en cours pour que Teresa, déjà Patronne de l’Espagne et des écrivains, devienne aussi Patronne des danseurs (liturgiques). Teresa baila…


L’expression « Danser Dieu » apparaît à plusieurs reprises dans les ouvrages et témoignages de Mireille Nègre, laïque consacrée ayant vécu dix ans au Carmel et Première danseuse à l’Opéra de Paris. Par exemple :
• « Danser Dieu. Mais où donc ? Elle rêve d’un monastère idéal, où sa contemplation pourrait se prolonger, s’exprimer, éclater dans sa danse. » (Je danserai pour toi, p. 105, 1984)
• « Saint Paul dit : « Tout ce qui est beau appartient à Dieu. » Le Concile Vatican II affirme également : « Les créations de l’Homme doivent être portées devant le Saint Sacrement. » Mon ambition, la voici. Danser Dieu pour rappeler au monde et à l’Église, que l’Art est d’abord un bien de Dieu. J’espère y consacrer toutes mes années à venir. Car il y a urgence. Notre monde est terrassé… » (Je danserai pour toi, p. 128, 1984)
• Sophonie nous dit : « Dieu danse en toi avec des cris de fête. » Puis André Chouraqui traduit le terme « adorer' » dans la Bible… pour lui, cela veut dire « danser, » donc toutes les fois où, dans la Bible, il est question d’adorer Dieu, en même temps, il est question de danser Dieu. (VIP KTO, 2012)
• « Au Carmel, j’entendais de plus en plus dans les psaumes que j’étais appelée à danser Dieu. J’ai compris qu’en Dieu tout est danse ! » (Aleteia, 2019)
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Le mouvement chez l’orant et le mystique.
• « Est mystique celui ou celle qui ne peut s’arrêter de marcher et qui, avec la certitude de ce qui lui manque, sait de chaque lieu et de chaque objet que ce n’est pas ça, qu’on ne peut résider ici ni se contenter de cela. Le désir crée un excès. Il excède, passe et perd les lieux, il fait aller plus loin, ailleurs. Il n’habite nulle part, il est habité. » Michel DE CERTEAU, La Fable mystique.
• « L’acte [de l’orant] dévoile la signification d’un paradoxe : le geste est esprit. Si la prière aspire à rencontrer Dieu, le rendez-vous se situe toujours sur les terres de l’homme, au croisement de son corps et de son âme. […] L’orant prie « à corps perdu », soulevé par la supplication, prosterné par l’adoration, ou même saisi par une sainte chorégraphie. […] tel ces carmélites espagnoles qui dansaient devant le Saint Sacrement […] » Michel DE CERTEAU, La Faiblesse de croire.
• « Si « bien chanter c’est prier 2 fois », selon la formule attribuée à Saint Augustin, bien danser c’est 3 fois, 10 fois ou 70 fois 7 fois ! » Source inconnue.
• ¡ Adelante ! « A l’école de la sainte marcheuse [Thérèse de Jésus dite « d’Avila »], nous apprenons à être pèlerins. L’image du chemin peut parfaitement synthétiser la leçon de sa vie et de son œuvre. Thérèse conçut la vie comme un chemin de perfection le long duquel Dieu conduit l’homme, de demeure en demeure, jusqu’à Lui et, dans le même temps, le met en chemin vers les hommes. Sur quels chemins veut nous conduire le Seigneur, en suivant les traces de sainte Thérèse qui nous tient par la main ? Je voudrais en rappeler quatre qui me font beaucoup de bien : ceux de la joie, de la prière, de la fraternité et du temps. Thérèse de Jésus invite ses religieuses à « marcher avec joie » en servant (Chemin 18, 5). La véritable sainteté est joie, parce qu’ « un saint triste est un triste saint. » […] L’Evangile n’est pas un sac de plomb que l’on traîne lourdement, mais une source de joie qui remplit le cœur. […] « Il est temps de marcher ! » (Anne de saint Bartholomée, Últimas acciones de la vida de santa Teresa). Ces paroles de sainte Thérèse d’Avila, prononcées peu avant sa mort, représentent la synthèse de sa vie et deviennent pour nous […] un héritage précieux à conserver et à enrichir. Le Pape François à l’évêque d’Avila, à l’occasion de l’ouverture de l’année jubilaire thérésienne, Du Vatican, le 15 octobre 2014.
Prière dansée, danse priée, et danse liturgique ?
• Comme toute prière, la prière dansée procède d’un rapprochement intime dans la relation personnelle avec Dieu.
Le corps est rendu disponible à l’Esprit Saint, à qui il appartient de le mettre, ou non, en mouvement par la danse, au-delà de la volonté de l’orant. Parfois l’orant dansant ne souhaite pas danser. Songeons à Thérèse d’Avila, restée fidèle à l’oraison malgré sa répulsion pendant plusieurs années ou à Thérèse de Lisieux qui s’y endormait parfois… Il s’agit alors d’une forme d’obéissance consentant à une motion intérieure, subtile brise légère, une offrande de son corps dans l’abandon. Le corps devient instrument d’un fin discernement entre envie ou intention et désir profond : en descendant au centre de son corps, dans ses entrailles où tressaille l’Esprit de Vie, l’orant plante la graine de sa tête dans la bonne terre, en passant par le coeur, puis la plante germe en remontant par le même chemin en unissant entrailles, coeur et tête. L’orant qui adhère au geste divin s’observe humblement en train d’être prié et déguste d’un ce mystère inconcevable, aussi doux que puissant. Il fait l’expérience de sa foi en actes. Parfois aussi, l’orant souhaite danser mais la motion intérieure reste muette et le corps immobile. La prière dansée se vit dans la spontanéité d’une écoute profonde à ce qui se joue dans l’instant présent. Vécue en vérité, la prière dansée ne peut donc pas être objet de spectacle, sur commande. En effet, il se peut qu’il n’y ait rien à voir, ou si peu, la grâce du sacré demeurant insaisissable et échappant à toute tentative de captation. Peu à voir, mais beaucoup à vivre dans le désert : l’orant qui est en vérité ne devancera pas le geste mais l’attendra, parfois longuement, dans une espérance. Il attend la rencontre avec Celui qui le précède… et aussi lui succède. Ainsi, la prière, une fois dansée ramène l’orant à l’immobilité et au silence, à une intériorité creusée plus profondément.
Cette mise à disposition du corps et ce travail subtil de discernement pratiqués dans la prière dansée, en solitude, au quotidien, y compris dans les gestes les plus ordinaires de la vie, est l’incontournable préalable à toute danse liturgique.
• Quant à elle, la danse liturgique est un service : l’orant dansant est envoyé et répond à une demande d’Eglise.
Dès lors, c’est rendez-vous prévu avec l’Esprit Saint, selon la promesse à laquelle nous croyons, que celui-ci est toujours présent, même lorsque nous y sommes absents. Il s’agit d’abord d’une réponse à un appel de l’Eglise avant même de correspondre à l’émergence d’une motion intérieure qui peut être ténue voire imperceptible. La danse liturgique est un témoignage de la vitalité de l’Esprit Saint qui fait sienne la demeure de notre corps, comme le dit la Parole biblique, ainsi que de l’humble confiance des orants en cette Parole, au-delà de ce qu’ils ressentent ou ne ressentent pas. La danse liturgique a pour vocation d’aider l’assemblée à prier et chaque personne qui la compose à se faire prière. Pour contempler une danse liturgique avec ses neurones-miroirs : c’est moins la forme extériorisée qui doit attirer l’attention que le fait même de vivre la prière de Dieu en soi, jusqu’à l’extérioriser par débordement. L’assemblée véritablement priante aide aussi les orants à prier en dansant, dans un cercle vertueux qui s’unit en Dieu, comme en un point fuite. La danse liturgique est souvent en musique, ce qui permet à des musiciens, la chorale, et à l’assemblée, de se joindre activement à la prière, sans rester spectateur passif. C’est plus délicat lorsque la musique est enregistrée. La musique porte aussi l’orant danseur dans sa prière (cf. Page « Actualités » : présentation de l’atelier du 6 avril 2026, sur RCF – Radio Notre Dame). La danse liturgique espère émaner de la prière, être prière et y retourner. (cf. Témoignage filmé du frère Michel Laloux). Lors de la première et unique « Messe en mouvement » du groupe de danse liturgique Danser Dieu, après la danse de communion, tous ses membres sont – spontanément et simultanément – restés vingt minutes en oraison silencieuse, assise, immobile.
• La prière dansée est un va-et-vient constant entre la Parole et le Verbe qui se fait chair, par union avec Dieu dans le geste corporel.
Comme en exercice spirituel (franciscain ou ignacien) et en lectio divina, entre représentation de la scène avec les 5 sens, écoute et dialogue puis décantation et relecture, l’orant comprend dans une recherche par tâtonnements successifs du corps et plongeon dans son incarnation, comment la Parole lui parle aujourd’hui, personnellement. Le geste est habité dès son origine, notamment par l’inspir (se laisser inspirer) et le sens se révèle, se découvre. Par conséquent, l’improvisation spontanée est la forme la plus immédiate d’accès à la prière dansée, dans le respect de l’anatomie sacrée du corps, et de certains codes intégrés par le corps (lieu, culture, vocabulaire gestuel, union sans fusion, discernement, etc.). Des danses codifiées ou chorégraphies peuvent être priées, sous certaines conditions, comme toute prière apprise qu’il faut parvenir à habiter, ici, en habitant un geste prévu d’avance qui a un sens précis. Celles-ci sont notamment utiles pour faire corps ensemble, de manière harmonieuse, dans une danse liturgique collective. Des combinaisons choisies, entre spontanéité individuelle et codification collective, sont aussi envisageables, comme cela a pu être réalisé parfois par le groupe pilote de danse liturgique « Danser Dieu » (Accéder à la synthèse).
Dans la prière dansée, hors cadre liturgique, se pratique en silence ou en musique (lente ou tonique). La voie du silence peut sembler aride mais elle est fructueuse et permet de toujours initier le geste auprès le Source, notamment dans le temps de suspens après l’inspiration. Le passage par l’écoute de Dieu et de ses motions dans le silence, le mouvement sans support musical, permettent d’ajouter ensuite la musique sans qu’elle reste en extériorité (cf. Page « Témoignages » ainsi que la méthode Delsarte, chanteur lyrique et mystique chrétien).
Ce type de prière est dansée face à l’autel, au tabernacle, à la croix… dans un dialogue de deux altérités et développe la perception du lieu. Lorsqu’elle est pratiquée à plusieurs, elle peut aussi prendre la forme d’un cercle (Dieu au milieu). Dans la danse liturgique, les orants font partie de l’assemblée, donc la plupart du temps dos à celle-ci, leur prière tournée face à l’autel, oriente le regard vers Dieu.
• Remarques. Il est important de préciser que la prière dansée est un don faite à chacun, dans un mouvement naturel, indépendamment de compétences techniques qui sont même un obstacle, parfois. Par ailleurs, elle diffère du spectacle qui a vocation d’élever par la beauté et la maîtrise impeccable du geste artistique. Enfin, si elle procure souvent une joie et une paix profondes, cela n’est ni automatique ni systématique, ni l’effet recherché. En ce sens, si elle présente parfois des vertus thérapeutiques, par surcroît, elle diffère de l’approche complémentaire de la danse thérapie dont c’est proprement la dynamique intrinsèque. De même, la prière dansée permet au corps de conserver une saine mobilité, souplesse, endurance… sans que l’entretien du corps soit l’intention initiale mais un moyen d’être prêt et habile dans sa disponibilité aux sollicitations de l’Esprit.
Pour approfondir la réflexion.
• « Notre première activité est d’adorer, de glorifier Dieu. Adorer, glorifier, c’est l’expression la plus haute de notre gratitude envers Dieu et la réponse la plus belle de notre vie à l’amour exceptionnel qu’il nous porte. Pour adorer Dieu, il faut se mettre à part dans le silence. N’inondez pas ce lieu de bruit. Mais venez ici, dans le silence du cœur, pour écouter Dieu. C’est ce qu’on appelle entrer dans une attitude sacrée. Il y a des lieux sacrés, des lieux réservés à Dieu, choisis par Dieu. Ces lieux ne peuvent être profanés par d’autres activités que la prière, le silence et la liturgie. Nos églises ne sont pas des salles de spectacle. Nos églises ne sont pas des salles de concert ou pour des activités culturelles ou de divertissement. L’église, c’est la maison de Dieu. Elle lui est exclusivement réservée. Nous y entrons avec respect et vénération, correctement habillés, parce que nous tremblons devant la grandeur de Dieu. Nous ne tremblons pas de peur, mais de respect, de stupeur et d’admiration. Je veux redire merci aux Bretons et aux Bretonnes qui savent porter les plus beaux vêtements traditionnels pour rendre gloire à la majesté divine. Il ne s’agit pas ici de folklore. L’effort extérieur que vous faites pour vous habiller n’est que le signe de l’effort intérieur que vous faites pour vous présenter à Dieu avec une âme pure, lavée par le sacrement de la confession, ornée par la prière et l’esprit d’adoration. Les lieux sacrés ne nous appartiennent pas, ils sont à Dieu. Les lieux sacrés ne nous appartiennent, pas plus que les chants sacrés ou toute liturgie sacrée ne nous appartiennent. La liturgie a pour objectif la gloire de Dieu et la sanctification des fidèles et la musique sacrée est un moyen privilégié pour faciliter une participation active et pleinement consciente des fidèles à la célébration sacrée des mystères chrétiens. Nous venons ici entrer dans une liturgie qui nous précède et qui nous guide jusqu’à l’adoration. Nous ne venons pas pour trouver un moment de folklore ou de distraction ou pour exhiber nos valeurs culturelles. Nous sommes ici pour la gloire de Dieu. La liturgie n’est pas un spectacle humain. Elle est notre timide réponse à la gloire de Dieu qui nous précède. C’est pourquoi elle est empreinte de beauté, de noblesse, de sacralité, de part en part. »
Extrait de l’homélie du Cardinal Robert SARAH, Messe Pontificale du Grand Pardon de Sainte Anne d’Auray, 26 juillet 2025.
Pour élargir l’horizon.
• « Assieds-toi et Danse » […] L’histoire d’un amour possible-impossible, entre un homme qui médite immobile et une femme qui ne peut s’empêcher de danser les thèmes et les interrogations qui habitent son œuvre : la Source de tout ce qui est là présent, est-elle acte pur, présence immobile ? ou danse innée, mouvement incessant ? Les deux peut-être ? et au-delà des deux ? La rencontre amoureuse est-ce la rencontre du Même, de l’Un partagé ? Ou est-ce la rencontre de l’Autre irréductible ? Qui pose ce genre de question ? Qui s’assied ? Qui danse ? Mais il ne s’agit pas dans ce roman de faire de la métaphysique, plutôt de tenter de vivre, d’apprendre à aimer… De s’assoir ensemble et de danser. […] Entre immobilité et mouvement, entre silence et univers sonore, entre intériorisation et extériorisation portées au-delà de toutes limites.
« Au point repos du monde qui tourne, ni chair, ni privation de la chair, ni venant de, ni allant vers…
Un point repos, là est la danse,
mais ni arrêt, ni mouvement, ne l’appelez pas fixité, passé et futur s’y marient.
Non pas mouvement de ou vers. Non pas ascension ou déclin.
N’était le point, le point repos, là, où il n’y aurait nulle danse, là, il n’y a que danse « .
The still point [le point-repos], Thomas Stearns ELIOT, Quatre quatuors. [La terre vaine].
« The still point », avec T. S. Eliot, André Breton, Maître Eckhart, Nicolas de Cues… C’est ce point que nous cherchons, ce lieu en nous-même où coïncident les contraires, où s’harmonisent les opposés : le mouvement et l’immobilité, mais aussi la chair et l’esprit, l’homme et la femme, l’un et le multiple, notre vie finie qui danse avec la Vie infinie, vague contre vague, souffle dans le Souffle, « the still point », cette ouverture dans le cœur, ce silence qui se reçoit d’un plus vaste et plus haut Silence, cette danse du centre, noble aventure à laquelle nous sommes tous conviés. Janvier 2015, Jean-Yves LELOUP sur son site Internet, présentant son livre La danse immobile.
• Texte apocryphe : « Avant d’être saisi […], il nous réunit tous et dit : « Avant que je ne sois livré à ces gens-là, chantons un hymne au Père […] » Il nous ordonna donc de faire un cercle où nous nous tenions par la maison, et, placé au milieu, […] il commença alors à chanter un hymne en disant : […] « La Grâce danse. Je veux jouer de la flûte, dansez tous ! […] Je veux chanter une complainte, frappez-vous tous la poitrine ! […] Au Tout il appartient de danser en haut. […] Celui qui ne danse pas ignore ce qui se passe. […] En répondant à ma danse, vois-toi en moi qui parle, et, voyant ce que je fais, garde le silence sur mes mystères. Toi qui danses, comprends ce que je fais, car elle est tienne, cette souffrance de l’Homme que je dois endurer. […] Toi qui as vu ce que je fais, tu m’as vu comme souffrant, et l’ayant vu, tu n’es pas resté immobile, mais tu as été tout entier mis en mouvement. […] Moi, j’ai dansé ; toi, comprends cela, et l’ayant compris, dis : ‘Gloire à toi, Père, Amen.’ » » Actes de Jean, 94-96.
A venir : un document complet sur la prière dansée et la danse liturgique (danse prière et prière dansée, danse codifiée ou libre ou spontanée improvisée, chorégraphie inspirée et danse liturgique, pédagogies), une bibliographie ainsi que d’autres ressources… l’oraison par le corps, les 5 sens chez Ignace de Loyola, le corps dans la prière chez Saint Dominique, saint François d’Assise, Jean de la Croix, Hildegarde de Bingen, François Delsarte, Madeleine Delbrêl, Josette et Renée Foatelli, Marcel Jousse, Évangile au Coeur, une bibliographie, propositions de textes et de musiques…
Vos ressources sont les bienvenues, merci par avance de vos partages !
