J’ai eu l’opportunité d’accéder, comme directrice du Musée d’Art Sacré Contemporain de Saint-Hugues-de-Chartreuse, entre 1995 et 1999, à un lieu étonnant : à la fois vraie église, avec la présence du Saint Sacrement et vrai musée avec plus de 100 000 visiteurs par an. J’avais la chance d’habiter l’ancien presbytère comme logement de fonction. Lorsque je fermais l’église-musée, que je m’occupais de ma fille (nous sommes arrivées en Chartreuse lorsqu’elle avait 1 an et moi 27 ans) et vaquais à mes occupations du soir, il m’est arrivé, avant d’aller me coucher, de revenir dans l’église toute proche et, dans la pénombre (éclairée par la lumière de la Présence Réelle), de prier et de danser dans la nef et dans le choeur. Je dansais instinctivement, en courant et en tournant, parfois lentement aussi. Je parlais ou chantais ou me taisais tout en dansant. J’avais un sentiment de joie, de plénitude, d’exaltation, de moment secret, intime, en coeur à Coeur avec le Seigneur. C’était sans musique, en silence, sauf quand je chantais en dansant !  Je crois bien que je dansais toujours puis je restais ensuite en prière immobile mais jubilante. Je n’ai pas le souvenir du temps que cela durait. C’était dans la nuit, j’étais sans montre…
Cela a duré sur l’ensemble des 4 années de mon passage dans ce musée. Le souvenir que j’en ai est très heureux, comme des temps de grâce et comme des évidences. Mais je n’aurais pas pu le vivre à plusieurs ou en tout cas devant un public.
Je ne sais pas comment l’idée ou le désir m’est venu de danser. Je ne suis pas danseuse, cela m’a semblé naturel. J’ai parfois encore cet élan, du fond de mon être, qui me reprend dans une église mais je me retiens évidemment : il y a du monde et ce n’est pas « mon » église…
Aurélie MICHEL.